Guérir de l'envie de guérir !
Ce que la psychanalyse nous enseigne c'est peut-être bien de guérir de l'envie de guérir. Au terme d'une analyse cette demande de guérir, manifestée le plus souvent lors des premiers entretiens et plus sporadiquement par la suite, se transforme voire s'épuise d'elle-même. La fin de l'analyse c'est aussi quand on sait, par l'expérience du travail analytique, que guérir est impossible. A moins de considérer que l'homme lui-même est la maladie de la nature. Ce que Lacan n'était pas loin de proposer à la fin de son enseignement. L'homme comme " erreur " au sein de la loi si bien orchestrée de la nature. Ce que Descartes tend à démontrer d'une horlogerie de l'univers, Freud et Lacan avec la question d'un sujet de l'inconscient bouleverse ce rouage. Ce qui dérange c'est bien cela, l'inconscient grain de sable.
C'est ce grain de sable que veulent ôter les psychothérapies, celles qui proposent de guérir l'homme de son inconscient. C'est de cela que veulent nous guérir les idéologies politiques ou religieuses et ce depuis le début de l'histoire jusqu'à la fin de l'histoire quand l'homme sera guéri de son grain de sable ou de folie. Mais n'est-ce pas ce que nous propose une certaine orientation de la science, et une vision épurée de l'humanité : un homme bionique, débarrassé de toute faille, au service de l'univers.
Evidemment ce constat peut sembler amer. Il amène à prendre en compte ce que Freud déploie dans " Malaise dans la civilisation". Il y a un reste dans l'homme qui ne peut-être traité, cet impossible à écrire dont parle Lacan, ce Réel qui nous échappe. Aucune éducation, aucune pédagogie, aucune psychothérapie n'en viendra à bout. Vouloir le croire c'est faire un forçage qui emprisonnera illusoirement le réel jusqu'à ce que celui-ci fasse retour.
Et pourtant les psychanalystes eux-mêmes ont cru pouvoir tenir ce réel à distance en voulant le traiter par le symbolique. Au plus prés de nous c'est Francoise Dolto qui en assurant que tout était langage chez l'être humain ouvrait la porte de la guérison. Les maux de l'humanité allaient être traités par les mots. Le Verbe s'incarnait!
Lacan dans les débuts de son enseignement semblait prendre cette voie qui donnait au symbolique sa supériorité sur le reste et donc la possibilité de traiter aussi le réel de cette manière. Mais voilà il y avait toujours la question de cet impossible à dire et de ce qui ne cesse jamais de ne pas s'écrire!
La souffrance de l'homme vient de ce qu'il n'y a pas de rapport entre son dit et le réel, de même qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Ce qu'il dit lui échappe et ce qu'il voudrait cerner par la parole se dérobe. Sa pensée est envahie par des mots, des injonctions qui le dépassent dont il n'est pas maître. Ses nuits sont hantés par des rêves dont l'absurdité lui fait mettre aux oubliettes ces contenus obscurs.
L'âge d'or d'une psychanalyse traitant les maux par les mots, d'une manière quasi magique, voire mystique est révolu. Tant mieux! Et si elle a eu des effets ce fût plus par suggestion que par l'efficacité de sa méthode. Lacan a cédé sur la suprématie du symbolique empêtré qu'il était avec la question de ce qui ne cessait pas de s'écrire jusqu'à revenir à ce qui était le fondement de la psychanalyse : la prise en compte du réel, de la jouissance et ainsi proposer à la fin de son enseignement une orientation prticulière de la pratique analytique avec la question du nouage symbolique, imaginaire et réel.
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